
De passage à Paris pour les 25 ans de leur premier opus « Let’s Get Free » sorti en 2000, le duo de Brooklyn, Dead Prez composé de M1 et Stic Man se sont entretenus avant leur concert à Paris. Toujours acerbe, critique et sans bavure les new yorkais n’ont rien perdu de leur verve radicale. Echos.
Dead Prez a toujours été à contre-courant. En 2000, en pleine période « où le Hip Hop bling bling prédomine, Dead Prez sort « Let’ Get Free » chez le label Loud Records (Wu Tang Clan, Mobb Deep, Big Pun, Beatnuts etc…). Ces rappeurs militants, insoumis et conscients avaient créé une onde de choc avec le hit single « Hip Hop ». Titre qui est un classique aujourd’hui des soirees Hip Hop et des sets de Dj. Sous l’impulsion de ce morceau, « Let’s Get Free » s’écoulera à plus de 500 000 exemplaires aux USA obtenant ainsi un disque d’or ,il y a plus de vingt ans. Les thèmes sur la brutalité policière, les critiques sur le racisme institutionnel ou encore le système carcéral A l’instar des Public Enemy, BDP ou Paris (le Black Panther du Hip Hop), le duo de New York continue à distiller un discours tranchant, cash et sans fioriture. Pour ces globe-trotteurs qui parcourent le monde et qui résident au Sénégal (M1) et Atlanta (Stic Man), le combat continue.
RDKL Ça fait plaisir de vous revoir ici à Paris, pour célébrer Let’s Get Free pour le vingt-cinquième anniversaire. Quelle est votre impression?
M1 Quand on atteint de tels jalons, on réalise d’abord la chance qu’on a d’être encore là. Beaucoup d’artistes n’ont pas l’occasion de célébrer parce qu’ils ne sont plus en vie ou parce que dans l’industrie musicale. On ne leur donne pas la reconnaissance qu’ils méritent.
Pour moi, vingt-cinq ans, ça veut simplement dire que nous sommes toujours là, que nous faisons toujours notre travail, que nous avons encore de l’énergie, et qu’on vise vingt-cinq ans encore.
Stic.Man Oui. C’est vraiment une attitude de gratitude. Quand on a fait ce disque, je pensais que c’était peut-être la seule musique qu’on aurait l’occasion d’enregistrer. C’est magique de se retrouver ici, dans cette partie du monde, en France et partout où l’album a voyagé. C’est venu directement du cœur.
Justement pensez-vous que vous êtes libres aujourd’hui ?
M1 Si on parle de liberté, de vivre dans le cœur et l’esprit des gens…
Je pense que je suis libre. Libre d’être libre. Libre de poursuivre la liberté. Il y a des gens qui n’ont même pas accès à ça.
Pour expliquer: il y a une façon d’accepter la réalité telle qu’elle est, et une autre de la refuser. Le voyage commence là. Maintenant, économiquement, socialement… est-ce que les communautés noires et racisées sont libres ? Non. Loin de là. On voit l’exploitation la plus flagrante, avec des dirigeants qui se serrent la main pendant que leurs décisions coûtent cher aux gens qui nous ressemblent. Et si ça ne tenait qu’à eux les Macron, les Trump et les autres ils ne retireraient jamais leur pied de notre nuque. Mais ça n’a rien à voir avec le type de liberté intérieure que tu peux cultiver aujourd’hui. En tant que révolutionnaire, j’ai dû développer cette liberté pour ne pas me briser, pour ne pas perdre pied.
Il existe plusieurs niveaux de liberté. Et ce que j’apprécie dans mon parcours, c’est que si tu cherches cette liberté ,si tu fais le travail, si tu décides d’être toi-même, de t’exprimer, d’aller chercher ce que tu veux que ce soit clair ou encore flou, le simple fait d’être dans cette quête, ce n’est plus un mensonge : c’est déjà la liberté. Pour moi, c’est ça, la liberté. C’est un combat, mais dès que tu choisis ce combat, tu es libre. C’est ce que je crois.

dead prez - Lets get free
Nous parlons de combat. Pour des artistes américains et majors compagnies j’entends par là les labels, pensez-vous que les artistes sont vraiment libres maintenant par rapport à 2000 ?
M1 Aujourd’hui nous sommes dans un concept qui n’existe plus. C'est à quel point nous sommes loin du modèle original. Il y a toujours l’idée d’être signé dans un label pour certains artistes, ce sont toujours des sortes d’objectifs et d'accomplissements personnelles. Mais, vous savez, je pense que je vais commencer par ça.
Stic Man Je pense que la façon dont ça fonctionne, c'est qu’au cours du temps, la contradiction devient plus claire à certains niveaux. C'est de la bouffonnerie avec l'art à certains niveaux mais à d'autres niveaux il y a une conversation plus grande autour des artistes indépendants qui gère le master qui gère le service de streaming pourquoi ils payent 2 cents pour 1 milliard de spins tu vois ce que je veux dire? Ces conversations je pense qu’on avance dans la contradiction. Tu peux voir la merde. Je pense que quand on parle de liberté, c'est important de définir le contexte. Comme M1 a dit, sommes-nous libres politiquement ? Non. Mais sommes-nous psychologiquement capables d’être libre ? Sommes-nous capables de méditer sur ça quotidiennement ? Je dirais oui. La liberté est une place où nous pratiquons tous les aspects que nous pouvons. Politiquement, économiquement, socialement, psychologiquement, spirituellement, dans tous les sens. Plus nous gagnons du terrain et plus c'est une victoire.

Stic Man et M1
Si vous comparez le hip-hop de maintenant à l'année 2000, pensez-vous qu’aujourd'hui vous pourriez signer dans un label comme Loud Records (nda/ ancien label de Dead Prez) ?
Stic Man Non
M1 Je dois dire que c’est une idée ancienne. Avant nous dans l’industrie, des artistes comme Ray Charles ont pu voir les contradictions. Ceci nous a permis d’apprendre et il nous a permis de comprendre qu’il ne fallait pas signé un contrat foireux. Aujourd’hui encore, Steve Rifkind (nda/ President et fondateur du label Loud) va dire que Dead Prez n’avait pas confiance en nos contrats et ça c’est une fierté pour nous. Je pense que les gens peuvent apprendre de ça.
Stic Man
Ce n’est pas signer c’est plutôt ce que tu signes. C’est aussi la manière dont tu joues aux échecs pour avoir l’avantage.




