Rencontre avec les auteurs de « here come the drums »

8 mars 2026

par Epée Hervé Dingong

par Epée Hervé Dingong

« Here Comes The Drum », livre évènement sur l’histoire des machines qui ont façonné les musiques du Hip Hop, décortique l’histoire, la chronologie à travers le prisme et anecdotes des beatmakers francophones et américains. Les auteurs Real Muzul et Da Cockroach se sont confiés à Radikal sur ce projet.


Comment est née l’idée de ce bouquin, et de cet interêt autour des machines ?

Da Cockroach J'avais cette idée depuis à peu près 8-9 ans. En tant qu'ancien beatmaker, j'avais travaillé dix ans auprès d’un label avec le rappeur Set. Quand j'ai arrêté, j'ai organisé des soirées hip hop, avant d’organiser avec Azaia une soirée à Bordeaux pour mettre en avant les producteurs français. C’était en 2017. On avait fait venir Kyo Itachi, Venom, Cris Prolific… C'était superbe de voir tous ces producteurs sur scène. C'est à partir de ce moment que j'ai eu l'idée avec Azaia. On s’est dit « on pourrait trop faire un livre sur les producteurs ». Ça n'a jamais été fait en France, du coup, quand on s'est recroisé avec Muzul, on a eu un échange et on a eu la même idée. C'est parti de là. Il était en train de finaliser son livre sur Sylvia Robinson alors j’ai commencé pendant six mois les interviews de mon côté.

Akhenaton et Faf la rage


Qui d’entre vous deux a fait le choix d’ancrer les machines dans un contexte historique ?

D.C Grâce au succès des deux premiers livres, je me suis fait quand même un bon petit réseau. Au début, j'avais commencé les bouquins avec mon entourage, des mecs de l'Underground que je connaissais plutôt bien. Et après, j’ai pu approcher des producteurs de renom grâce à ce livre. Plusieurs étaient hyper motivés parce que l'idée, ça leur parlait énormément. J'ai commencé avec Faf Larage, par exemple. De fil en aiguille, je crois que j'ai fait une trentaine d'interviews avant que Muzul commence. Et puis après, il a rattrapé son retard (rires). C'est un bosseur acharné, il a presque tout écrit. Je pense que 80% du livre, c’est signé Muzul. On s'est lancés dans un truc un peu fou, mais on a réussi à le faire. En fait, ce qu’on voulait absolument réaliser, c'était des interviews croisées. Du coup, on a sélectionné plus de 70 producteurs, on les a réunis autour de mêmes thématiques et sujets, qui communiquent entre eux. Quand Solo, par exemple, il parle d’un artiste précis, on décidé d’y ajouter une intervention de l’artiste en question. Ça a été un travail hyper méticuleux, ça nous a pris vraiment beaucoup de points de vie !

Here come the drums par Real Muzul et Da Cockroach
Here come the drums par Real Muzul et Da Cockroach


Qui d’entre vous deux a fait le choix d’ancrer les machines dans un contexte historique ?

D.C C’est Muzul. Moi, je voulais faire ce bouquin en rendant hommage aux producteurs.  Je voulais interviewer tout le monde et parler des machines. Mais lui, il a vraiment eu cette idée de choisir les neuf machines cultes, de pousser la vis à fond sans pour autant en faire un livre de geek et en restant ludique. Les dessins, les illustrations, les playlists par machine donnent une accessibilité à tout le monde. Tous les gens qui souhaitent découvrir la culture hip-hop peuvent lire ce bouquin.


Here come the drums par Real Muzul et Da Cockroach


Justement, pour le public, ça semble être un monde plutôt difficile d’accès, notamment à cause des références de machines, du langage technique, ou simplement ne connaissent pas forcément tous les logiciels ou les plug-ins.

D.C Même moi qui suis passionné de hip hop ça me fait chier quand je lis des trucs comme ça. À un moment, tu as l'impression que chaque personne veut montrer à l'autre, prouver un peu qu’il est calé, et qu’il s’y connaît de ouf en technique. Ce n'est pas intéressant pour un lecteur. Nous, on cherchait plutôt le côté humain avec des anecdotes. C'est des marqueurs temporels d'une époque et c’est ce qui nous intéressait, alors on a essayé de rassembler plusieurs artistes autour de ça. Dans le livre, tu as des mecs comme DJ Monark ou Ringo qui ont commencé le beatmaking entre 2010 et 2020. C'est trois, quatre générations plus tard ! 


Comment avez-vous travaillé avec Marabout, et quel rôle a joué cette maison d’édition dans la conception de ce bouquin ?

D.C   Au début, quand Muzul est venu vers moi pour débuter le projet, on avait pour idée de le faire sur ma petite maison d'édition en indépendant, comme j'avais fait mes précédents livres. Il s'avère qu'au même moment, il avait eu un petit contact chez Marabout.  On a exposé le projet et ils étaient hyper chauds et déterminés. Il m'a dit ça. Une semaine après, on a fait une espèce de réunion pendant le projet et on a signé avec eux.


Real Muzul  J'avais cette idée de truc sur les Beatmakers ou sur les machines. J'en avais parlé à Marabout qui avait fait l'anthologie Get Busy, et je dis à Cockroach que j'aimerais bien faire ce bouquin sur les machines. Je lui ai dit que j’avais proposé le sujet à Marabout, et que s’ils étaient partants, on le ferait à deux. Dans la semaine, Marabout m'appelle en me disant qu’ils ont trouvé l’idée cool, et qu’ils voulaient bien rouler avec nous là dessus. Le postulat de base, c’était juste un livre sur les machines. On a finalement décidé de l’articuler autour du hip-hop, et de leur rôle primordial dans ce genre. La TR-808, la SP-12 qui a amené le sampling à son apogée…Tout ça fait partie de l'histoire du Hip-Hop, alors il fallait approcher de gros producteurs en France ou aux États-Unis. C'était une manière différente de travailler mais on a beaucoup appris.


Easy Mo Bee & His SP1200


En combien de temps s’est créé Here Come The Drums ? 

D.C A la signature du contrat, nous avions dix mois pour faire le livre parce qu'ils avaient déjà prévu l'envoi à l'impression avant qu'on commence. La pression était là. On avait juste des idées. On s'est appelé trois ou quatre fois. Perso, je suis de tendance hyper stressé, j'aime bien tout contrôler, donc là, c’était bourbier. Je me disais qu’on allait jamais y arriver, surtout que Muzul me dit que pendant six mois, il sera indisponible pour terminer son livre sur Sylvia Robinson. J'ai commencé les 30 interviews avant l'été. Il est arrivé en septembre et c’est une machine de guerre. En six mois il a pu gérer tout ça. 


Vous avez choisi Rocé pour introduire le livre, en préface. Pourquoi ce choix ? 

D.C Ce n'était pas une évidence au départ pour être honnête. Au début, on aurait aimé avoir Akhenaton puisque Muzul a de très bonnes relations avec lui.Il l’avait déjà interviewé et Akhenaton est un collectionneur de machines. Malheureusement, il était en tournée. Il a fallu qu'on trouve quelqu'un d'autre.Rocé, ça s'est fait naturellement parce que pareil, il a un passif de beatmaker qui était super intéressant. On a quand même réussi à faire une interview à la cool, de cinq pages. Il voulait vraiment en être parce que ça lui tenait à cœur. C'est vrai qu'il adore parler des machines. Ils ont réussi à se capter avec Muzul et il nous a fait une super interview, qui ouvre d’ailleurs ce livre.


J’ai discuté avec un certain Eric Blaze, que vous semblez bien connaître. Il m’a dit qu’il avait découvert le livre dans sa boutique, à Paris. Quelles relations vous entretenez avec lui, qui est aussi dans le bouquin ? 

D.C C'est énorme. On est assez proche d’Eric Blaze. C'est quelqu'un que j'aime beaucoup humainement par son humilité, son parcours atypique et pour tous ses projets. On a fait des soirées à Paris, il nous a toujours soutenu. Ce gars, c'est l'essence même du producteur ! C'était vraiment chouette de l'avoir dans le livre. Quand tu as des mecs comme lui qui te soutiennent et qui poussent le projet, ça nous donne beaucoup de force. 



Photo : Q-Tip

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