
EL'NOUR, bienvenue sur Radikal, est-ce que tu pourrais te présenter à nous ?
EL'NOUR J’ai commencé la musique à 14 ans, j’en ai 31 aujourd’hui. Ça fait pas mal de temps que je fais ça, je suis rappeur et ingénieur son. J’ai aussi ouvert mon studio, j’accompagne pas mal d’artistes dans ce qu’ils font.

Tu as commencé assez jeune, à quel moment tu t’es dit que tu voulais en faire ton métier ?
EL'NOUR De 13 à 23 ans je le faisais par pur plaisir. Vers 23-24 ans, les gens ont commencé à me dire que ça prenait forme et que c'était cool, je me suis dit que j’allais m'y mettre sérieusement. Je suis passionné de musique depuis que je suis tout petit, donc j'ai décidé d'en faire ma vie.
Tu as commencé ta carrière sous un autre nom, Salakid, qu'est-ce qui a amené le changement vers EL'NOUR ?
EL'NOUR Vers 2020, à l'époque du confinement, j'avais un peu arrêté de faire du son, je me suis remis en question. Est-ce que je vais continuer ? Est-ce que j'ai vraiment envie de faire ça ? J'ai décidé de repartir à zéro, j'ai pris mon temps pour bien tracer ma DA. Il y a deux ans maintenant j'ai sorti mon premier EP Le sourire des miens sous mon nouveau blase EL'NOUR.
Quelle est la différence entre Salakid et EL’NOUR, qu'est-ce qui diffère entre les deux univers ?
EL'NOUR EL'NOUR sait qui il est, Salakid lui ne le savait pas encore. Salakid grandissait, il apprenait à se connaître. Cette année de pause m'a permis de retracer tout mon parcours. Je le vois comme de l'entraînement, je ne savais pas encore ce que je voulais. Donc je faisais mais sans réfléchir, sans conscientiser. Ça se ressent dans l'écriture, avant il n’y avait zéro cohérence, maintenant ça me représente.
NOUR veut dire “lumière”, tu as choisi ce nom pour ça ?
EL'NOUR NOUR c'est la lumière exactement. Pendant l'année de pause, j'ai appris que mon nom de famille n'était pas vraiment le mien. Au Soudan on a une règle, ton nom de famille c'est le prénom de ton père, c'est comme ça que l’on définit ton identité. Quand mon père est arrivé en France dans les années 60, ils ont acté que le nom de son père était notre nom de famille. Je voulais savoir à quelle famille j'appartenais et mon oncle m'a expliqué que ça fonctionnait par tribu. Nous, nous étions les El'NOUR. Et puis je ne suis pas quelqu'un de bre-ssom dans la vie, je trouvais que ça m'allait bien.
Tu es d'origine soudanaise et marocaine, à quel point ça t’a inspiré dans ta création artistique ?
EL'NOUR Surtout dans l'écriture, pas forcément dans la musicalité, même si je commence à l'intégrer. Un peu de couleur, un peu du bled mais ce n'est pas encore sorti. Le Soudan, c'est un pays qui vit tellement de choses. Mon père a dû venir par ses propres moyens, quand tu es issu de cette lignée, tu ne peux pas raconter de la merde. Il n'y a tellement rien là-bas, les guerres ravagent le pays, quelqu'un qui arrive à quitter cette situation cherche l'excellence. Je ne veux pas faire les choses à moitié, je n'ai même pas accompli 10% de ce que mon père a fait.
Tu ressens de la pression par rapport à ça ?
EL'NOUR Une pression c'est un grand mot. Je me sens chanceux, surtout quand je pense à ma famille là-bas, à ce qu'ils vivent. Je n'ai pas envie de gaspiller cette chance, j’en fais ma force. C'est une pression positive finalement, quand je vois ce que mes parents ont fait, je me dis qu’il faut que je fasse mieux ou l'équivalent.
C’est accepté dans ta famille, le fait que tu fasses de la musique ?
EL'NOUR Oula ! Au début non, mon père était réticent et ma mère ne m'en parlait pas. C'était plus de l'incompréhension de leur part, surtout quand tu quittes l'école pour la musique. Dans nos traditions, la musique c'est mal vu, c'était difficile pour mon père. À force de persévérance et d'années qui s'écoulaient, il voyait que je me sentais bien dans ce que je faisais et que j'avais de l'ambition. Aujourd'hui ma mère est presque devenue ma manageuse, elle suit tout ce que je fais.
T'as grandi entre Épinay-sur-Seine et le 16e arrondissement, deux univers très différents, comment ça se retranscrit dans ta musique ?
EL'NOUR Ma mère travaillait dans le 16ème, ça l’arrangeait de m’amener à l’école en voiture et me récupérer le soir. Ça a défini qui je suis, ça m'a permis d'avoir une ouverture d'esprit et d’être à l'aise avec tout le monde. Petit je pensais que tout le monde était comme ça. Parfois je racontais ma vie du 16 à mes potes d’Epinay, ils n’arrivaient pas à s’identifier, ça les bloquait. Inversement, lorsque je ramenais mes potes du 16 en banlieue, ça ne passait pas. Aujourd’hui, j’essaye d’amener les gens qui m’entourent vers une acceptation de l’autre, ne plus juger pour rien. En grandissant, j'ai compris que là où tu vis, ça définit ton état d'esprit. Musicalement, j'ai envie de créer un pont entre la cité et les beaux quartiers pour montrer qu'on peut être ensemble. Je souhaite aussi réussir à faire le pont entre les deux générations, ça se fait plus facilement en ce moment je trouve.

Tu racontes beaucoup à travers ta musique, tes propres histoires ou celles que tu imagines. C'est important pour toi de raconter la vraie vie ? Ce storytelling a-t-il pu te freiner dans ta carrière, as-tu entendu des remarques par rapport à ça ?
EL'NOUR Totalement, je me créais des complexes parce que "street cred", dans le rap il faut avoir telle image. C'était un sujet qui pesait sur Salakid, pas sur EL'NOUR.
"Quand je me suis mis dans le rap, j'ai voulu raconter ma vie, on m'a dit t'es pas l'thème". Plus tu te connais, plus tu parles de toi et tu arrêtes de raconter des choses qui ne te concernent pas. Mes super-héros de jeunesse, ce sont des personnes qui ont osé faire du storytelling, je pense à Eminem par exemple. C'est toujours un peu romancé mais je trouve ça important pour les gens qui t'écoutent. Il faut que ce soit sincère pour que les auditeurs ressentent mieux ce que tu leur dis. Donc oui ça fera toujours partie de moi, je raconterai toujours ma vie dans mes sons, ceux que ça n'intéresse pas, n'écoutez pas c'est tout. Il y aura d'autres thématiques que j'aborderai sinon ça serait très égocentrique de ma part mais on retrouvera toujours des bouts de mon histoire.
C'est qui tes super-héros du rap, ceux qui t'ont construit ?
EL'NOUR Petit, mes 2 grands frères se buttaient au rap, l’un était rap cainri, l’autre était plus branché rap français et même rock. Je te les fais dans l'ordre : ça commence par Eminem et toute l'équipe de Detroit, les D12... c'est suivi par 50Cent et Kanye. Mais le rappeur qui m'a le plus influencé et qui m'a donné envie de rapper c'est Lil Wayne époque 2008–2010. Je me disais "mais c'est qui cet alien", il sortait beaucoup de musique à cette époque, donc en tant que fan on était servis. C'est aussi à cette période que je me penche sur le rap français et ses classiques, parce qu’à ce moment-là je n’écoutais que le trio gagnant : Rohff, la Fouine et Booba. Je me plonge alors dans les sons de LIM, Ol'Kainry, Salif et Nuby. Il y a aussi l'ère Sexion d'Assaut, plus précisément Lefa, un des meilleurs rappeurs de France voire de la planète pendant un moment. Il m'a énormément influencé.
Et tu parlais de Ol Kainry, t'as fait un feat avec lui sur ton nouvel EP Confiance Aveugle, comment ce lien il s'est fait ?
EL'NOUR Pour son dernier album, Ol Kainry devait bosser avec Tuerie, qui avance avec Foufoune Palace, label avec qui je travaille depuis le début de sa création. On s'est donc rencontré comme ça, il pensait que j'étais très jeune jusqu'au moment où je lui ai sorti des ref’ de sons de certains de ses albums qui datent de 2007-2008. On a bien connecté, c'est un bête d'humain et l’une des plus belles voix du rap français. Je n'ai jamais entendu un mauvais couplet d'Ol Kainry ! Je lui ai fait écouter des tracks de mon projet Confiance Aveugle et quand on est arrivé au titre éponyme, aux couleurs new-yorkaises avec un sample à l'ancienne, ça lui a parlé direct. On est toujours en contact, c'est devenu un bon ami.
Tu parlais aussi de Foufoune Palace, comment toi tu t'es retrouvé avec eux ?
EL'NOUR Ça fait maintenant 13 ans qu'on est ensemble, je fais partie de cette famille depuis la création de la structure, même un peu avant. Je faisais des études d'ingé son et je ramenais Luidji à l'école pour l'enregistrer. C'est une relation qui s'est faite très naturellement, il y a beaucoup d'affect car mon cousin Slomo est le directeur du label. C'est une personne avec qui je partage beaucoup, c'est un passionné de musique et de rap. Les premiers concerts, les premiers événements j'étais là, on ne s'est jamais lâché depuis.
Quelques mots sur ton nouveau projet Confiance Aveugle qui vient de sortir ?
EL'NOUR C'est un projet sincère, ça a été mon mot d'ordre pendant la création, il n’y a pas une phrase qui ne me représente pas. Il est aussi très éclectique, cohérent, c'est ce qui en fait mon projet le plus complet. Je ne voulais pas que ce soit trop long ou trop court, je trouve que huit titres c'est le bon équilibre, entre un album et un EP.
T'as pris 2 ans pour créer ce projet, c'est important de prendre le temps, de vivre des expériences pour les retranscrire dans ta musique ?
EL'NOUR C'est très aléatoire, je pense que ça ira plus vite pour mon prochain projet et ce n'est pas pour délaisser la qualité. Jusqu'à maintenant je n'étais pas structuré, je sortais des sons sans vraiment y réfléchir. Avec Confiance Aveugle, c'est la première fois que je me pose pour travailler des tracks dans l'ambition d'en faire un projet. Entre temps il y a eu la signature, on voulait bien le préparer donc on a un peu repoussé sa sortie. Aujourd'hui, quand tu n'es pas si connu que ça, tu ne peux pas te permettre de sortir un projet sans le défendre. Donc j'ai créé beaucoup de contenu, il y a un clip aussi pour le son "Beaux-arts". On a pris le temps mais ce n'est pas que musical, c'est aussi l'organisation.
Le visuel, c'est aussi important pour toi ?
EL'NOUR Je suis passionné de cinéma et de musique depuis toujours, en partie grâce à mon réalisateur Steven Norel. Quand on était petits, son grand frère faisait déjà de la vidéo, c'est comme ça que j'ai été sensibilisé à cet art. Je ne peux pas me permettre de faire des clips sans intégrer mes influences cinématographiques. C'est important pour moi de transmettre des émotions à travers un autre art que la musique. J'ai aussi envie de m'exprimer à travers mes vêtements, mon écriture c'est pour ça que je prête une attention particulière à ce que je dis. J'ai l'impression que c'est quelque chose qui se perd aujourd'hui.

Le sourire des miens en 2024, ça a été un tournant pour toi ?
EL'NOUR Totalement, j'ai dû prendre des décisions. J'avais une équipe avant, j'ai dû m'en séparer professionnellement mais on reste en très bons termes. J'ai décidé de prendre le taureau par les cornes et de faire les choses par moi-même. Avant j'en attendais trop des gens maintenant je me donne les moyens d'aller là où je veux aller. Bizarrement, ça n'a jamais autant avancé dans ma vie.
Quel est le message derrière la cover du projet ?
EL'NOUR Sur la cover de mon premier EP Le sourire des miens, j'ai le visage tuméfié mais je garde quand même le sourire. Pour la cover de Confiance Aveugle, j'ai voulu pousser ce rapport à la blessure sur tout le corps, et cette fois-ci je ne souris pas. La vie n'est pas toujours simple et il faut savoir se relever. Je voulais transmettre cette sensation d'écorché vif à travers une photo. Pour rassurer les gens, je n'ai pas eu d'accident, je n'ai pas été blessé mais c'est pour symboliser l'état d'esprit. On dit "la confiance n'exclut pas le contrôle", je ne suis pas d'accord avec ça. Lorsqu'on aime quelqu'un on lui accorde une confiance aveugle, inconditionnelle.
Quel est le message derrière la cover du projet ?
EL'NOUR Sur la cover de mon premier EP Le sourire des miens, j'ai le visage tuméfié mais je garde quand même le sourire. Pour la cover de Confiance Aveugle, j'ai voulu pousser ce rapport à la blessure sur tout le corps, et cette fois-ci je ne souris pas. La vie n'est pas toujours simple et il faut savoir se relever. Je voulais transmettre cette sensation d'écorché vif à travers une photo. Pour rassurer les gens, je n'ai pas eu d'accident, je n'ai pas été blessé mais c'est pour symboliser l'état d'esprit. On dit "la confiance n'exclut pas le contrôle", je ne suis pas d'accord avec ça. Lorsqu'on aime quelqu'un on lui accorde une confiance aveugle, inconditionnelle.
Crédit photo : @bandana.creator


