Le coupé-décalé nouveau souffle du rap français

Le coupé-décalé nouveau souffle du rap français

29 janvier 2026

par Tim Levaché

par Tim Levaché

par Tim Levaché

C’est un monument. Avec ses batteries saccadées, ses basses rondes et ses guitares pincées, le coupé-décalé, est devenu, depuis son explosion au début des années 2000, l’une des musiques les plus populaires de la culture ivoirienne. À tel point que plus de 20 ans plus tard, son influence et sa rythmique iconique est en train de s’installer progressivement dans la scène rap francophone, grâce à des talents qui n’hésitent pas à mêler leurs influences. Focus sur l’origine de cette rencontre, et la manière dont elle peut dynamiter les tracks du rap français.

Tout commence en 2001. Peu après leur arrivée dans la capitale parisienne, bon nombre de binguistes (des ivoiriens venus en Europe) se retrouvent dans des bars et des clubs de la capitale. Fraichement débarqués en France pour trouver une nouvelle forme de confort financier et social, ces hommes se retrouvent confrontés à une situation tout autre : en tant qu’exilé, les conditions de vie à Paris sont difficiles, entre précarité, racisme et mal-logement. Alors, les bars et les clubs deviennent rapidement des points de rencontre où les discussions, l’entraide et la fête permettent de créer des liens forts. Dans ces espaces de liberté unique, sept ivoiriens se réunissent de plus en plus souvent, liés par leur goût pour la danse et les sapes qui cassent les codes. Ils décident de former un groupe : La Jet Set est né.


Rares sont ceux à être passés à côté du phénomène. Au début des années 2000, la Jet Set est considéré comme le groupe qui a lancé le coupé-décalé, notamment grâce à l’un de ses fondateurs, un certain Douk Saga, véritable pionnier du genre. Avec ses rythmiques empruntées au ndombolo, sous genre de la rumba congolaise notamment explorée par un certain Koffi Olomidé, ses instruments typiques des sonorités ivoiriennes de l’époque, son goût prononcé pour la fête un certain attrait pour le flex, le coupé-décalé devient rapidement l’une des musiques les plus populaires de la côte d’ivoire et de sa diaspora. A tel point que Douk Saga se fait appeler « Président » par son public, et ira jusqu’à demander au gouvernement ivoirien une décoration pour « avoir redonné espoir et joie aux Ivoiriens ». Et il y aurait de quoi : pendant la guerre-civile ivoirienne, qui a pris place entre 2002 et 2007, le coupé décalé a rythmé la scène culturelle du pays en péril, et a permis à la population de tenir, en passant les couvre-feu instaurés de 20 heures à 6 heure du matin dans les maquis, ces espaces de fête à ciel ouvert.

Dj Arafat, successeur direct de La Jet et icône du coupé-décalé, déclarait d’ailleurs en 2010 au magazine Tsugi : « C’est une musique de résistance à la guerre. Elle nous a permis de nous évader et de survivre. C’est un don de dieu. » Entre résistance, célébration et union, l’impact politique, social et culturel du coupé-décalé se fait encore ressentir plus de 20 ans plus tard, et ce jusque dans les scènes rap francophone actuelles.


Au mois d’aout dernier, Saki225 qui représente la côté d’ivoire jusque dans son nom, sortait LA JET, morceau qui reprend le refrain iconique du groupe éponyme, et sample même une partie de son introduction. Un premier pont est fait, mais le morceau reste une trap explosive comme Saki sait si bien en faire. Il faudra attendre le 28 novembre 2025 pour écouter Ambiance 2000 de Jeune Morty, l’un des premiers morceau de rap français à reprendre les rythmiques coupé-décalé. Et ça ne sort pas de nul part : entre le « ivoir mix dj » entendu au début du morceau, sa line « Quand j'pense à Yôrôbô, ça me fait mal » et la référence au morceau 3500 volts, Ambiance 2000 est un track hommage à Dj Arafat, légende du coupé-décalé disparu tragiquement en 2019. Pour comprendre son impact, gardons en tête qu’il remportait en 2015 le titre d'artiste africain le plus influent à l’international selon Forbes Afrique. Rien que ça. Alors, en mêlant rythmiques de caisse claire fidèle au genre explorées par la légende Arafat et ses influences trap des années 2010, Jeune Morty propose ici une relecture du coupé-décalé qui ouvre la voie à de nouvelles expérimentations. Et leur potentiel est assez fou.


Peut-être aidés par la vague Bouyon aux rythmiques rapides et aux percussions omniprésentes, mais aussi par la vague anglaise et les caisses claires appuyées de YT, Fimiguerrero, Jim Legaxcy et Len, le public de rap français a sûrement été habitué à des BPM plus rapides, des morceaux plus chargés en percussion, et des ambiances dansantes aux contre-temps appuyés. Autrement dit, pour les propositions rap aux fortes influences coupé-décalé, la brèche semble ouverte. Depuis poukwa (elle m’demande), morceau viral de 630g aux rythmiques librement inspirées du coupé-décalé : le public semble prêt à accueillir ces nouvelles propositions. Son plus récent R.J.C (belek), dont le pattern de caisse claire est encore plus fidèle aux rythmiques coupé-décalé établit un lien encore plus fort entre rap français et coupé-décalé. Une tendance qui se dessine de plus en plus, et qui pourrait aisément partir à la conquête des charts.


Connu pour être l’un des explorateurs les plus téméraire de la scène, Ricky Bishop n’a jamais froid aux yeux. En parallèle de sa revisite du Bouyon, avec son projet #newbouyon, Bishop s’aventure aussi sur le terrain du coupé-décalé, notamment sur son dernier morceau avec samcbeats, ROCKSTAR. Comme pour les précédentes propositions : c’est frais, c’est dansant, et c’est fidèle aux percussions du genre ivoirien. De quoi dynamiter à coup sûr la scène rap française dans les mois à venir.


Photo : @cikotheque

C’est un monument. Avec ses batteries saccadées, ses basses rondes et ses guitares pincées, le coupé-décalé, est devenu, depuis son explosion au début des années 2000, l’une des musiques les plus populaires de la culture ivoirienne. À tel point que plus de 20 ans plus tard, son influence et sa rythmique iconique est en train de s’installer progressivement dans la scène rap francophone, grâce à des talents qui n’hésitent pas à mêler leurs influences. Focus sur l’origine de cette rencontre, et la manière dont elle peut dynamiter les tracks du rap français.

Tout commence en 2001. Peu après leur arrivée dans la capitale parisienne, bon nombre de binguistes (des ivoiriens venus en Europe) se retrouvent dans des bars et des clubs de la capitale. Fraichement débarqués en France pour trouver une nouvelle forme de confort financier et social, ces hommes se retrouvent confrontés à une situation tout autre : en tant qu’exilé, les conditions de vie à Paris sont difficiles, entre précarité, racisme et mal-logement. Alors, les bars et les clubs deviennent rapidement des points de rencontre où les discussions, l’entraide et la fête permettent de créer des liens forts. Dans ces espaces de liberté unique, sept ivoiriens se réunissent de plus en plus souvent, liés par leur goût pour la danse et les sapes qui cassent les codes. Ils décident de former un groupe : La Jet Set est né.


Rares sont ceux à être passés à côté du phénomène. Au début des années 2000, la Jet Set est considéré comme le groupe qui a lancé le coupé-décalé, notamment grâce à l’un de ses fondateurs, un certain Douk Saga, véritable pionnier du genre. Avec ses rythmiques empruntées au ndombolo, sous genre de la rumba congolaise notamment explorée par un certain Koffi Olomidé, ses instruments typiques des sonorités ivoiriennes de l’époque, son goût prononcé pour la fête un certain attrait pour le flex, le coupé-décalé devient rapidement l’une des musiques les plus populaires de la côte d’ivoire et de sa diaspora. A tel point que Douk Saga se fait appeler « Président » par son public, et ira jusqu’à demander au gouvernement ivoirien une décoration pour « avoir redonné espoir et joie aux Ivoiriens ». Et il y aurait de quoi : pendant la guerre-civile ivoirienne, qui a pris place entre 2002 et 2007, le coupé décalé a rythmé la scène culturelle du pays en péril, et a permis à la population de tenir, en passant les couvre-feu instaurés de 20 heures à 6 heure du matin dans les maquis, ces espaces de fête à ciel ouvert.

Dj Arafat, successeur direct de La Jet et icône du coupé-décalé, déclarait d’ailleurs en 2010 au magazine Tsugi : « C’est une musique de résistance à la guerre. Elle nous a permis de nous évader et de survivre. C’est un don de dieu. » Entre résistance, célébration et union, l’impact politique, social et culturel du coupé-décalé se fait encore ressentir plus de 20 ans plus tard, et ce jusque dans les scènes rap francophone actuelles.


Au mois d’aout dernier, Saki225 qui représente la côté d’ivoire jusque dans son nom, sortait LA JET, morceau qui reprend le refrain iconique du groupe éponyme, et sample même une partie de son introduction. Un premier pont est fait, mais le morceau reste une trap explosive comme Saki sait si bien en faire. Il faudra attendre le 28 novembre 2025 pour écouter Ambiance 2000 de Jeune Morty, l’un des premiers morceau de rap français à reprendre les rythmiques coupé-décalé. Et ça ne sort pas de nul part : entre le « ivoir mix dj » entendu au début du morceau, sa line « Quand j'pense à Yôrôbô, ça me fait mal » et la référence au morceau 3500 volts, Ambiance 2000 est un track hommage à Dj Arafat, légende du coupé-décalé disparu tragiquement en 2019. Pour comprendre son impact, gardons en tête qu’il remportait en 2015 le titre d'artiste africain le plus influent à l’international selon Forbes Afrique. Rien que ça. Alors, en mêlant rythmiques de caisse claire fidèle au genre explorées par la légende Arafat et ses influences trap des années 2010, Jeune Morty propose ici une relecture du coupé-décalé qui ouvre la voie à de nouvelles expérimentations. Et leur potentiel est assez fou.


Peut-être aidés par la vague Bouyon aux rythmiques rapides et aux percussions omniprésentes, mais aussi par la vague anglaise et les caisses claires appuyées de YT, Fimiguerrero, Jim Legaxcy et Len, le public de rap français a sûrement été habitué à des BPM plus rapides, des morceaux plus chargés en percussion, et des ambiances dansantes aux contre-temps appuyés. Autrement dit, pour les propositions rap aux fortes influences coupé-décalé, la brèche semble ouverte. Depuis poukwa (elle m’demande), morceau viral de 630g aux rythmiques librement inspirées du coupé-décalé : le public semble prêt à accueillir ces nouvelles propositions. Son plus récent R.J.C (belek), dont le pattern de caisse claire est encore plus fidèle aux rythmiques coupé-décalé établit un lien encore plus fort entre rap français et coupé-décalé. Une tendance qui se dessine de plus en plus, et qui pourrait aisément partir à la conquête des charts.


Connu pour être l’un des explorateurs les plus téméraire de la scène, Ricky Bishop n’a jamais froid aux yeux. En parallèle de sa revisite du Bouyon, avec son projet #newbouyon, Bishop s’aventure aussi sur le terrain du coupé-décalé, notamment sur son dernier morceau avec samcbeats, ROCKSTAR. Comme pour les précédentes propositions : c’est frais, c’est dansant, et c’est fidèle aux percussions du genre ivoirien. De quoi dynamiter à coup sûr la scène rap française dans les mois à venir.


Photo : @cikotheque

Derniers articles

Derniers articles

Le coupé-décalé nouveau souffle du rap français

L’art contemporain, nouveau langage du rap.

6 marques émergentes françaises à suivre

Dj Mehdi, Made in France, une histoire orale du documentaire