
Il est l’un de ces éternels explorateurs. Depuis ses premiers morceaux en 2017 jusqu’à sa dernière mixtape de haut vol, Lobby, le rappeur 8ruki est devenu une figure de proue de la plugg en France. Il est l’un des premiers à avoir importé le genre Détroit dans l’hexagone et désormais il remet au goût du jour des sonorités fidèles à la scène de Memphis des années 2000. Un panel aussi large que ses expérimentations, porté par une chose : sa curiosité, celle qui l’emmène sur de nouveaux sentiers, celle qui le pousse à toujours se renouveler. Discussion avec le laborantin le plus libre du rap français.
8ruki, sois le bienvenue sur Radikal. Tu es né en 1994 à une époque assez particulière, celle de l’arrivée d’internet. Comment ce nouvel outil participe à ton éducation musicale ?
8RUKI Internet, à l’époque, c’est la caverne d’Ali Baba ! J’ai grandi avec les débuts de Youtube, les clips Vevo… Internet ça m’a branché avec les États-Unis, et ça m’a permis de découvrir plein de nouveaux artistes, de nouvelles tendances. J’ai toujours été un internet kid ! Ça a beaucoup aiguisé ma curiosité. En fait, grâce à MTV, j’ai découvert des artistes comme Lil Wayne, G-UNIT, et tout ce qui pas sait à la télé. Mais avec internet, je découvre des Soulja Boy, des Wiz Khalifa.
Internet ça te permet aussi de découvrir ce qui ne passe pas à la télé. Qu’est-ce que ça te procure, de découvrir cette scène parallèle ?
8RUKI Je m’identifie beaucoup à cette démarche. J’ai toujours été un digger, alors quand je découvre le Raider Klan, ASAP Mob, et après, grâce à SoundClound, des artistes plugg, des ICYTWAT, des SpaceGhostPurrp… En fait, voir des clips ultra produits sur MTV, ça m’a jamais permis de m’identifier à des artistes comme Lil Wayne par exemple. Je les admirais, mais ça en restait là. Mais quand je découvre SoundCloud et son esthétique un peu fait maison, je me suis senti proche d’eux. Je me suis dit : « tu peux le faire aussi ». Alors je me suis lancé.

Crédit photo : Adam Nestoret-Puyon
En 2017, tu sors un clip qui s’appelle Putain d’Ninja. Ce qui est frappant, c’est que pour un premier clip, c’est un visuel super ambitieux, avec une assez grosse production. Tu racontais en interview que c’était ta maman qui avait financé ce clip : comment on se sent quand on est encouragé par un parent à ses débuts, au point qu’elle mette de l’argent dans ton premier projet ?
8RUKI Elle m’a toujours soutenu, depuis le début. Ça donne de l’espoir, même quand c’est dur. Si ta mère te valide, tu peux pas lâcher. Surtout quand elle a investi dans ton truc ! Je fais du son pour moi, mais aussi pour ma mère, j’aimerais lui rendre tout ça un jour. Ça donne beaucoup de motivation. Quoi que les gens disent à la fin, ta mère, elle te soutient. Si elle était plus du genre à me dire « trouve un vrai travail », j’aurais peut-être pas continué comme ça. Mais elle m’a poussé dès le début, quand il y avait rien. Ça donne la confiance pour aller très loin.
En 2022, tu t’attaques à une nouvelle sonorité sur ton projet PoweredByRuki : c’est la detroit, à un moment où ça n’existe quasiment pas en France.
8RUKI En fait, je fais ce que j’écoute beaucoup. À ce moment-là, je découvre ce qu’il se passe à Détroit, à Flint, et ça me donne envie de tester ces sonorités dans ma musique. Au début, ça donne des sons qui ressemblent beaucoup à ce que j’écoute. Mais plus je digère ces influences, plus je me les approprie. À chaque son, je mets un peu plus de mon identité dedans. Et c’est inconscient ! Quand je fais de la détroit, je fais aussi d’autres choses à côté, donc tout ça alimente un cocktail un peu unique.

Crédit photo : Adam Nestoret-Puyon
Peu après, la Détroit s’invite chez La Fève, Mairo, Aamo et bon nombre d’autres artistes. Tu es souvent au début de nouvelles dynamiques, mais est-ce que tu te considères comme un avant-gardiste et est-ce un adjectif qui te convient ?
8RUKI Je me considère plus comme quelqu’un qui explore. Mais le fait d’être là au début, c’est cool. Ça veut dire que t’as du goût, du moins que t’es pointu. J’aimerais juste que les gens comprennent de plus en plus les nouvelles sonorités, alors moi ça me dérange pas d’avoir cette étiquette. Mais c’est à moi de la défendre, en continuant de tester des trucs, de ramener des nouvelles choses. J’ai besoin d’écouter de nouvelles choses, j’ai besoin d’écouter beaucoup de musiques différentes. Je suis toujours en recherche.
Retrouve l'entretien complet dans Radikal Magazine 02 - [disponible ici]


