
Artiste martiniquais et guadeloupéen Bahbou Floro s’inscrit dans un espace de friction : entre mémoire et projection. Ses figures, volontairement ambiguës, déplacent les imaginaires.
BAHBOU FLORO Je suis artiste contemporain martiniquais et guadeloupéen. Aujourd'hui, basé en Asie mais je travaille entre ces deux continents. J'ai du mal à définir précisément ma pratique.
J'essaie de créer un univers onirique, tout en restant profondément ancré dans la culture caribéenne. J'essaie avant tout de nourrir ma culture du mieux que je peux. Je me vois un peu comme un chercheur : je fais des recherches, je crée des liens, j'explore. Tout cela dans le but d'enrichir ma culture, car ce que je veux vraiment, c'est la transmettre au monde.
"Sur l'île de la Grande-Terre, certains portent un poisson dans la bouche. Pour moi, cette représentation est essentielle, car elle incarne un puissant symbole de liberté."

La figure du poisson revient souvent dans ton travail. Que représente-t-elle ?
BAHBOU FLORO Cette figure s'inspire d'un symbole présent aux Antilles : celui du Nèg Gwo Siwo. Il existe différentes représentations selon les îles, mais elles reposent toutes sur une même base. Il s'agit d'un esclave qui se recouvrait de mélasse pour échapper à la plantation.
Au-delà de cet héritage, le poisson en lui-même me fascine. C'est un être qui vit dans le chaos : lorsqu'il pleure, on ne voit pas ses larmes puisqu'il est déjà dans l'eau. Et lors du déluge, c'est le seul animal qui n'a pas besoin de monter dans l'arche de Noé.
Cela crée encore une fois du contraste.
Cette histoire me touche profondément, car elle montre que même dans des situations difficiles, il existe toujours une forme de résilience, une volonté de faire mieux. En tant qu'Antillais, je ressens particulièrement cela, car nos voix ne portent pas toujours suffisamment. Ce personnage est donc un symbole fort qui me parle énormément.
Comment est née la collaboration avec sur le projet RISE avec Van Toan et Rayan Sax ?
BAHBOU FLORO Le manager de Van est un ami d'enfance. Un soir, il m'appelle et me propose de participer à un projet : un court-métrage racontant l'histoire d'un homme travaillant dans un musée et rêvant de devenir artiste. Quand il a entendu le pitch, il a tout de suite pensé à moi, parce qu'il sait que j'ai tout sacrifié pour en arriver là. Je tiens à leur adresser un grand merci, car ils m'ont donné carte blanche. C'était comme si je racontais mon histoire pendant qu'ils en composaient la bande-son. Ils m'ont offert une place centrale dans le projet et m'ont permis de mettre en avant mes véritables oeuvres. Ils auraient pu choisir un artiste déjà reconnu, mais ils m'ont fait confiance.
"Pendant longtemps, les Antilles ont été "doudouisées", et cela continue encore aujourd'hui sous d'autres formes"


