
C’est l’un de ces lieux essentiels à la bonne santé de notre culture. Niché passage de Ménilmontant, en plein cœur du 11ème arrondissement de la capitale, Le Grand Jeu est une librairie indépendante spécialisée dans les cultures urbaines et DIY. Fondée par Christian Omodeo, elle s’est imposée comme une référence en France grâce à sa sélection unique de livres, fanzines et catalogues issus des cultures marginales du monde entier. C’est autour de lancements de livres et d’expositions qu’une communauté fidèle et passionnée s'est constituée, faisant de la librairie un espace dédié à toute une scène qui, il y a peu, cherchait encore son point de ralliement.
Salut Christian, est ce que tu pourrais nous présenter l’endroit où l’on est ?
CHRIS Ici on est à la librairie le Grand Jeu, 15 passage de Ménilmontant, dans le quartier d'Oberkampf. C'est un lieu dans lequel, depuis deux ans, j’essaye de réunir toute une série de livres, fanzines et catalogues. Avec une attention particulière pour la micro-édition et les publications indépendantes, autour des mouvements qui viennent de l’underground, des années de l'après-guerre jusqu'à nos jours.
Est-ce que tu pourrais nous expliquer ton appétence personnelle pour les cultures populaires, comme le rap et le graffiti ?
CHRIS Étant né à la fin des années 70, j’ai grandi dans un monde où on voyait clairement la différence entre la culture mainstream et les cultures urbaines, terme que je n'aime pas trop, culture underground serait plus judicieux. J’ai grandi dans des squats à Rome, donc c’est surtout dans la culture underground que je me suis retrouvé. J'étais plutôt du côté rock et grunge que du côté hip-hop, mais je porte cet ADN en moi depuis toujours.

Crédit photo : Lilian Hamon
Dans ta librairie tu réunis des livres portant sur la musique, le graffiti, le vêtement, pourtant ce sont des pratiques que l'on n’associe pas forcément. Est-ce que l’objectif de cette librairie est de créer des ponts entre ces disciplines artistiques ?
CHRIS Clairement. Pour moi ce sont différentes facettes d'une même vision de la vie et de la place que quelqu'un peut avoir au sein d'une société. D’ailleurs, ce qui est intéressant sur les cultures urbaines, si on veut les appeler comme ça, c'est qu’elles ont porté un renversement de force. Il y a une réelle prise de pouvoir au niveau du goût et des influences, aujourd’hui les élites copient le style du peuple.
Quel est l’artiste de cette scène graffiti qui t'a le plus marqué ?
CHRIS Ah, c'est compliqué ! Mais comme ça, instinctivement : REVS. C’est un graffeur qui a imposé le roller dans tout New-York, il a aussi fait toute une série de journaux intimes dans les tunnels de métro, puis il a commencé à faire des installations en métal, soudées sur les poteaux de sa ville. S’il faut parler d’intégrité, c'est le premier nom qui me vient à l'esprit. Mais il pourrait y en avoir d’autres, j’aime surtout ceux qui ont aimé se mélanger, ceux qui ont été capables de voir au-delà du graffiti pur.
Comment sélectionnes-tu les ouvrages qui se retrouvent ici ? Est-ce que tu fonctionnes avec des critères précis ?
CHRIS On va dire qu'on a un panorama assez large de ce qui est en train de sortir, donc on fait un peu nos courses. On essaye de faire une sélection vraiment curatée, construite à quatre mains avec les auteurs, les maisons d'édition et les demandes de notre communauté. On tient à avoir une ligne éditoriale qui soit lisible et en lien avec ce qu’on a envie de défendre, pas simplement un patchwork de ce qui nous tombe dessus.

Crédit photo : Lilian Hamon
Tu pourrais nous présenter trois livres qui t'ont marqué récemment ?
CHRIS « Trap : Rap Drogue Argent Survie ». C’est la revue Audimat qui publie ça. C’est quasiment la seule publication qui existe au format livre sur ce courant musical. Ça permet de comprendre ce qu'est la Trap, quelle est son histoire, comment ça s'est développé, et quels sont les messages que ça porte. « Soundtrack 1 » de Chaze, ça vient juste d’arriver, je l’ai à peine feuilleté, mais c'est vraiment une bombe pour ce qui concerne le graffiti. C’est vraiment pensé et écrit comme un journal intime qui mélange texte et photos. On découvre le portrait d'un jeune Parisien qui a traversé les années 80, 90 et 2000, entre Paris et New York. Pour finir, je dirais « Mountain Style : British Outdoor Clothing » de Henry Iddon et Max Leonard. C'est un livre assez technique qui se concentre sur la culture de l’outdoor. Il y a une certaine rigueur qui parle à tous les passionnés de montagne et en même temps, pour ceux qui sont plus streetwear, ça permet de découvrir plein de références.
Qu’est-ce que tu penses des livres sur le graffiti, et de la manière dont ils changent la nature de cet art, par essence très éphémère, en quelque chose d’immuable imprimé sur papier ?
CHRIS L’image, déjà, sauve les graffitis, parce que par nature ils ont tendance à disparaître très rapidement. Ce que je trouve intéressant, c'est qu’il y a une vraie évolution de la place de la photo dans le graffiti. Tu as de plus en plus de photographes qui connaissent les codes de la photographie qui vont documenter le graffiti de manières complètement différentes, que ça soit de l'intérieur comme de l’extérieur.
Retrouve l'entretien complet dans Radikal Magazine 02 - [disponible ici]


