Koboi, Never lonesome again

31 août 2026

par Tim Levaché

par Tim Levaché

Née quelque part entre des chambres, des concerts de Joke et des studios remplis de synthétiseurs, la musique de koboi est un salut. Un peu pour son public, mais surtout pour les deux artistes derrière ce nom : koboi les a ouverts aux autres. L’un était un producteur en quête d’identité, l’autre un artiste lassé de la solitude. Ils sont désormais un duo de compositeurs incontournables de la scène alternative française, grâce à leurs albums de haut vol et la composition de l’hymne « Ils me rient tous au nez » de Theodora. Rencontre avec un duo unique, sauvé de la solitude par leur aventure musicale.


L’histoire de koboi débute entre quatre murs, dans une pièce aux allures particulières. Nichée en plein Paris, cet endroit est un espace pluriel : il devient un café quand les discussions s’étalent en journée, un bar quand les copains viennent y boire des coups sous couvre-feu, mais aussi et surtout, un studio, quand ces potes, accessoirement compositeurs, viennent jouer sur les Moogs, les Prophets, les Junos et tout autre type de synthétiseurs de légende qui matelassent les murs. Dans ce studio, une nouvelle aventure commence pour le duo. Elle sera tout le contraire de leur ancienne vie : pleine de rencontres et de partages, à l’image de cette pièce, qui scelle le début de leur collaboration.

Tandis que l’un compose très jeune, se fait repérer par Teki Latex et Dj Orgasmic pour ses tracks de house et devient dans la foulée DJ pour Ateyaba (à l’époque Joke), l’autre est un illustrateur et motion designer reconnu pour ses visuels de concert, de Skrillex à PNL, qui compose en parallèle de cette activité. Pourtant, des années plus tard et malgré des projets tous aussi prolifiques les uns que les autres, tous deux ressentent la même chose : de la solitude. Celle qui s’installe quand la pièce résonne de silence, quand on est le seul à le rompre, et quand l’envie de partager devient un besoin : « On a longtemps été très solitaires dans nos démarches. Pendant longtemps, j’étais seul dans ma chambre, plein de fantasmes alimentés par les documentaires Netflix sur les artistes qui font tout eux-mêmes, de la compo au chant en passant par la DA, etc. Alors, soit tu arrêtes, et tu te dis que tu seras jamais cet artiste omniscient que t’as toujours voulu être, soit tu te dis que tu vas appeler des gens pour faire ce que tu sais pas faire. à partir du moment où on a commencé à s’ouvrir aux autres que tout s’est débloqué ».



Tous deux réunis dans ce studio, ils découvrent ce qu’ils cherchaient depuis plusieurs années : l’effervescence créative, procurée grâce aux rencontres, aux amitiés naissantes, et aux collaborations musicales. D’abord, avec Realo, qui découvre un duo créatif de haut vol avec qui il décide de réaliser un projet aux accents pop prononcés, EMOTION, en 2022. Puis avec d’autres compositeurs comme le talentueux Mei, le touche-à-tout Rosaliedu38 et l’incontournable Brodinski : « Être deux, ça aide à aller plus loin dans la collaboration, à aller sur les terrains des uns et des autres. Quand on invite des gens, on essaye toujours de trouver un équilibre entre le son des autres et le nôtre. Quand tu travailles seul, t’es très tourné vers toi-même. Quand tu travailles avec les autres, tu te demandes qu’est-ce qu’ils font d’intéressant. Ça pousse à explorer ce que tu sais pas faire, ça rend beaucoup plus curieux en fait. C’est plus propice à l’expérimentation et à la découverte. Ça nous a énormément apporté de rencontrer des gens d’univers musicaux qu’on soupçonnait même pas. On essaye de mettre l’échange au cœur de notre démarche. C’est là où tu t’enrichis le plus. » 



Au fil des rencontres, des années et des influences, le son koboi évolue. De la pop à la techno en passant par les compositions plus expérimentales, le duo étoffe sa palette aussi vite que passent les mois. Et ces sonorités plaisent à de plus en plus de monde, à tel point que, en marge de koboi, ils décident de créer une autre entité, entièrement dédiée aux placements pour des artistes, Lasso. C’est sous ce nom que le duo compose une instrumentale qui prend rapidement des airs d’hymnes, notamment grâce à la performance de l’artiste qui se l’approprie, Theodora. Repris ensuite par le grand Chilly Gonzales au piano, Ils me rient tous au nez est l’un des titres qui a propulsé Theodora sur le devant de la scène, et qui a aussi changé la vie du duo : « C’est sidérant, dans le bon sens du terme. Ça fait plaisir pour elle, de voir que le morceau prend de l’ampleur comme ça, mais aussi pour nous. On était trop heureux de voir ça, cette surenchère, de voir qu’il y avait toujours un truc plus fou qui se passait autour de ce son, comme la reprise avec Chilly, les 12 000 trends tiktok, les reprises avec des centaines d’instruments différents, la reprise d’Angèle… Mais le plus touchant, c’est de voir des gens se réapproprier le titre, en disant que ça a pu les aider, ou juste en chantant les paroles en concert. C’est pour ça qu’on fait de la musique en vrai ». 



Après cet événement, le duo décide de prendre du recul sur leur musique, et questionne son identité. À quoi ressemble leur musique ? Il est temps de le définir : « Notre son changeait au gré des instruments, du matériel, des synthés qui étaient présents là où on travaillait. On s’est demandé ce que c’était, notre son, alors on a sélectionné nos trucs préférés, nos synthés, nos VST, et maintenant on essaye de rester dans une zone commune pour garder une cohérence. 

On peut faire tout et n’importe quoi, on se met pas de limites, mais on reste dans un tronc assez défini ». Une identité plurielle au coeur de leur projet Trust The Process, sorti en octobre 2025, dans lequel le duo oscille entre sonorités aériennes, percussions dansantes et explosions de synthés saturés. Et c’est bien ça l’objectif de koboi : aller toujours plus loin dans l’exploration de leur créativité, celle qui donne à leur musique cette couleur si particulière. 

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