
Entre son album Une pieuvre dans un seau sorti en mai dernier, une Maroquinerie complète, une place dans le Boss Cypher d’Orelsan et un passage au Grünt Festival en octobre, 2026 s’impose comme l’année où l’identité artistique de Surprise se précise et s’affirme. Rencontre avec l’une des artistes les plus singulières du moment.
Salut Surprise, bienvenue sur Radikal, on est ravis de te recevoir aujourd'hui, je te laisse te présenter en quelques mots ?
SURPRISE Moi c'est Surprise, je suis une artiste interprète, je fais du rap et de la chanson. Je ne sais jamais trop quoi dire.
Comment as-tu commencé à faire de la musique ?
SURPRISE Je viens d'une famille de musiciens, quand j'étais petite je faisais du piano mais je n'étais pas très assidue. C'est au collège que j'ai commencé à écrire des chansons au piano. À 15 ans j'ai eu mon premier ordinateur, j'ai installé GarageBand et j'ai commencé à faire des prods et à m'enregistrer. À partir de ce moment-là, j'ai commencé à sortir des compilations de 20 sons sur SoundCloud. Je le faisais de manière très intuitive, sans me prendre la tête. J'aimais écrire, chanter, rapper mais j'avais du mal à trouver mon identité musicale donc je testais énormément de styles différents. Expérimenter m'a permis de trouver mon style.
2026 a l'air d'être une année assez remplie pour toi, entre la sortie de Une pieuvre dans un seau en mai, ta Maroquinerie et tu vas aussi performer au grunt fest en octobre, comment tu vis cette année et ce développement ?
SURPRISE Je le vis comme la suite logique de ce que je fais depuis que je sors de la musique. Aujourd'hui, je suis très fière du dernier projet Une pieuvre dans un seau car c'est celui qui me ressemble le plus. J'essaye de rester focus sur ma musique et d'accueillir les choses étape par étape. Les scènes m'aident à me rendre compte de l'ampleur que c'est en train de prendre. Par exemple, la Maroquinerie que j'ai faite en mai m'a mis une vraie claque, je ne m'attendais pas à voir autant de personnes et que le public soit aussi dynamique. Je n'ai pas trop de morceaux dansants ou trap qui amènent le public à faire des pogos donc j'ai souvent participé à des co-plateaux. Quand je passais j'avais l'impression qu'il n'y avait pas d'ambiance. Je me suis souvent demandé si c'était possible de faire de la musique qui anime les gens et qui me ressemble. Donc c'était incroyable de voir pendant la Maroquinerie le public qui s'ambiance, qui chante sur mes balades. Ça m'a vraiment aidé de vivre ça.

Crédit photo : Eliott De Sousa
Cet album, Une pieuvre dans un seau, je l'ai trouvé très intime. Tu abordes des sujets comme les relations amoureuses, l'enfance, la solitude. Comment tu vois cette dimension-là de l'album ?
SURPRISE Quand j'ai commencé à faire l'album, j'avais envie de faire quelque chose de plus intime. Dans mes anciens projets, je me livrais de manière très abstraite, poétique. Alors que personnellement j'aime quand les artistes que j'écoute abordent des bribes de leur vie, ça permet de mieux se reconnaître et c'est touchant. J'ai envie que les gens sachent qui je suis. Par exemple, je connais tous les albums de Josman mais je trouve que c'est frustrant car on ne sait rien de sa vie. Je voulais simplement poursuivre ce que j'avais déjà amorcé, mais de façon plus intuitive. J'ai l'impression que ça se ressent dans les prods.
Tu peux nous parler un peu de tes producteurs, comment vous travaillez ensemble ?
SURPRISE Il y a Brun d'ours, c'est une des premières personnes avec qui j'ai commencé à bosser. Il n'y a aucune prod qui est de lui sur ce projet mais c'est lui qui m'aide à faire les arrangements, à changer, rajouter des choses pour qu'on retrouve ma patte dans chaque son. Il y a Nepta, avec qui j'avais déjà travaillé sur plusieurs prods, par exemple celle de “French Touch” et sur ce projet il a fait celle de “2018”. Je prends aussi les prods qu'on m'envoie. Mais généralement, vu que je m'enregistre toute seule chez moi, ou je commence la prod ou je prends ce qu'on m'envoie.
Tu ne vas jamais en studio ?
SURPRISE Ça m'est arrivé, mais ce n'est pas ce qui me plaît le plus.
Quand je m'enregistre chez moi, je peux faire ce que je veux, boire autant de café que je le veux, faire quelque chose de mes mains à côté et prendre le temps. En studio, j'ai plus de mal à me concentrer. Quand il y a un ingé ça peut être compliqué qu'il comprenne mon processus. Je suis un peu perfectionniste donc je réenregistre énormément de mes prises, que ce soit un mot ou une phrase entière. Je n'ai pas envie de saouler les personnes qui sont en studio avec moi. Mais parfois ça peut m'amener à faire des choses différentes. Le son “La formule” a été fait en studio, avec un ingé qui a fait la prod avec moi. Ça m'a permis de faire quelque chose de plus simple, plus épuré dans la manière dont je posais. Mais sinon tous les autres morceaux à part “Quand il dort”, je les ai enregistrés avec Sylvain Yves Nord qui a fait la prod de “Quand il dort” et de “Animal”. Sylvain a énormément participé au projet, c'est un violoniste et un pianiste.

Crédit photo : @engel.raw
Tu travailles souvent avec des musiciens ?
SURPRISE Oui, Sylvain Yves c'est un superbe compositeur, il a fait plusieurs des instruments qu'on peut retrouver dans le projet. Et à la Maroquinerie j'avais ramené sur scène mon bassiste, un trompettiste et un violoniste.
Dans cet album tu rappes et tu chantes, t'as toujours souhaité mélanger les deux ?
SURPRISE C'est venu assez naturellement, j'ai commencé par la chanson mais à côté j'écrivais des textes, des histoires. J'écoutais énormément de rap aussi donc je me suis dit que je voulais ramener les deux dans mes sons.
Qu'est-ce que t'écoutais à l'époque ?
SURPRISE Quand j'étais petite j'écoutais Sexion d'Assaut et après je me suis pris la vague 1995, Alpha Wann, Népal, Orelsan. Puis Josman, Laylow et Hamza car ils ont ramené quelque chose de différent. Ils ont dépassé les limites du style en rappant sur des prods qui n'étaient pas forcément trap. À côté de ça, j'écoutais de la bedroom pop, des artistes comme Mac Miller, Kali Uchis, Tyler the Creator.
Récemment t'as d'ailleurs fait partie du Boss Cypher d'Orelsan aux côtés d'autres artistes comme Juste Shani, Mandyspie, 32, Encore une autre. T'en as pensé quoi de cette initiative d'Orelsan d'inviter uniquement des rappeuses féminines ?
SURPRISE J'ai surtout vu le DM d'Orelsan et j'ai louché. J'étais très touchée parce qu'Orelsan c'est quelqu'un que j'écoutais beaucoup plus jeune donc ça m'a fait bizarre de savoir qu'il me connaissait. C'est vrai qu'on en avait parlé avec les filles et qu'on s'était dit que l'initiative était maladroite. Moi je ne fais plus de soirée où t'es invitée uniquement parce que t'es une meuf qui rap, l'intention dessert plus qu'autre chose. Mais pour en avoir parlé avec lui, il s'en était rendu compte et ça partait vraiment d'une bonne intention. C'est un digger Orelsan, je sais qu'il nous a contactées car il nous a vraiment écoutées, pas parce qu'on lui a dit de trouver des meufs un peu underground. Le tournage s'est tellement bien passé que ça nous a permis d'oublier le fait qu'on soit 6 meufs à rapper autour d'Orelsan. On était toutes trop contentes d'avoir participé à ce cypher, mais on s'est pris une vague de gens sexistes et fascistes lorsqu'on l'a relayé sur les réseaux sociaux. Je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait autant de personnes qui commentent des « les femmes à la cuisine » ou d'autres remarques du genre. Il y avait beaucoup de haineux mais aussi des gens qui ont trop kiffé. Je me suis rendu compte que la France c'est aussi ça, on est souvent dans notre petite bulle que peut être Paris et la sphère musicale donc quand t'es confrontée à autant de haine, c'est intense. Mais ce que je retiens c'est que ça a amené plein de gens à me connaître. Je craignais d'ailleurs que ça soit trop d'un coup et que les gens ne me suivent pas pour les bonnes raisons. Que si je sortais un projet il y ait un déséquilibre entre le nombre d'abonnés que j'ai et le nombre de personnes qui l'écoutent vraiment. Mais finalement ça a permis à plein de gens de découvrir encore plus ma musique. Ça reste une opportunité incroyable pour nous toutes.
Dans « Seule au monde » tu abordes d'ailleurs la vision que les gens ont sur les femmes dans l'industrie musicale en disant “Qu'on mate tes seins, mais sans qu'tu montres tes seins, sinon ça montre quoi d'toi ?”, est-ce que tu ressens cette pression des gens, des hommes qui essaient de dicter ou de poser un regard sur ton apparence ou tes chansons ?
SURPRISE Plus maintenant, je me suis affranchie de ça. Je le ressentais au début, à la sortie de mon premier EP. J'ai rencontré des pros qui se permettaient des remarques qui, quand j'y repense, étaient lunaires. J'avais le sentiment que tout ce que je faisais était noté pour essayer de me mettre dans des cases. Quand tu vois des artistes comme Billie Eilish, qui fait le choix de pas trop se montrer car c'est son style d'être en mode baggy. Le jour où elle décide de mettre un décolleté, les gens se permettent un jugement énorme. Et même lorsqu'elle s'habille avec son style, les gens auront toujours un truc négatif à dire. Donc moi je ne fais plus du tout attention à ça. Je trouve au contraire que la féminité dans le rap et l'industrie musicale en général, c'est un sujet très intéressant. Le fait de vouloir se sexualiser ou non, et tout simplement comment toi tu as envie de te montrer, moi j'ai envie d'être comme je suis dans la vie de tous les jours. Pendant longtemps je m'habillais un peu “garçon manqué”, en grandissant je me suis sentie bien dans ma peau quand je me montrais un peu plus. J'ai trouvé une force dans le fait de me sentir sexy. Encore une fois les gens auront toujours un truc à redire car si tu te montres en mode sexy, ils diront que tu fais ça pour percer. Si tu ne le fais pas, ils diront qu'il faut que tu le fasses pour percer. C'est très étrange car dans un sens ils veulent que tu te montres d'une manière mais sans que tu le fasses consciemment, comme si c'était eux qui te sexualisaient. Au final si c'est toi qui choisis de te montrer d'une certaine manière, dans leur regard tu n'es plus innocente, ce n'est plus eux qui choisissent de te voir à travers leur prisme vicieux.
Ça me fait aussi penser à cette barre “Fuck une star qui joue la soumise genre Sabrina Carpenter” que tu dis dans “Seule au monde”.
SURPRISE Quand j'ai écrit cette barre, j'avais peur qu'on la sorte de son contexte pour critiquer les femmes car ce n'est pas mon intention, ici je critique l'industrie musicale et les hommes qui en font partie. J'ai quand même reçu des messages de personnes qui me disaient « tu n'as rien compris » car apparemment son univers visuel se rapproche plus d'une image girly presque drag. C'est pousser la féminité à l'extrême pour éloigner le male gaze. Je comprends cette vision-là mais avec cette phrase je faisais référence à sa pochette d'album « Man's Best Friend » et à certaines de ses paroles qui sont très dérangeantes. Elle est écoutée par des jeunes filles qui peuvent normaliser certaines choses à travers sa musique. C'est dommage quand tu as autant d'influence de véhiculer cette image de “chouchoute” du patriarcat, c'est une prise de position. Je sais que c'est sûrement plus grand qu'elle maintenant, que ce n'est pas juste elle mais une équipe entière qui décide de prendre cette direction.
Tu parles aussi beaucoup de ta relation avec la fame dans tes sons, je pense par exemple à la phrase : “Sur scène, j'me sens comme un animal dans un zoo, comme un clown dans un cirque, une pieuvre dans un seau”. Comment tu vis cette célébrité naissante ?
SURPRISE J'ai longtemps eu du mal avec la scène, ça m'arrive encore. Voir les gens c'est hyper touchant mais en tant qu'anxieuse de base ça peut être dur. Je me demande parfois ce que je fous là ahah. Il faut connaître son karaté, entre le cardio et enchaîner tes sons. On peut vite avoir l'impression de faire le guignol pour les gens et je me demande souvent : est-ce que c'est moi qui suis intimidée par le public ou l'inverse ? Parfois, sur des petites scènes ou lorsque les conditions ne sont pas réunies, j'ai l'impression que les rôles s'inversent.
Et avoir autant de personnes qui te suivent c’est quelque chose qui t’angoisse ou ça te met une pression supplémentaire ?
SURPRISE Depuis le début je garde un recul avec ça même si en ce moment ça s’est accéléré. Ce qui est bien c'est que ça s’est fait petit à petit, une pente ascendante donc déjà je n’ai pas le sentiment d’illégitimité. Je fais très attention aux réseaux sociaux aussi, à ne pas trop me matrixer avec les chiffres. Je me dis que l’image que j’ai sur les réseaux sociaux c’est une partie de moi que j’ai envie que les gens voient mais ce n'est pas entièrement moi. J'en parlais avec Mandyspie, elle me disait qu’on donne parfois plus de temps et d’argent à notre nous artiste qu’à nous-même. C’est vrai que je m’interdis parfois de faire des choses pour moi car je dois faire du son. Il faut savoir faire des choses pour soi, et se dire qu’on n'est pas uniquement notre alter ego artistique.

Crédit photo : Eliott De Sousa
T'as une relation particulière aux animaux, on retrouve la pieuvre sur la cover de ton dernier projet, mais tu parles aussi d'autres animaux jusqu'à toi-même te comparer à eux dans “Animal”, qu'est-ce qu'ils représentent pour toi ces animaux ?
SURPRISE Le premier son du projet que j'ai fait c'était “Hamster Mort”, initialement l'album devait s'appeler comme ça mais c'était trop intense pour un titre d'album. Je trouve que les animaux sont un reflet de l'humain et des relations qu'on peut entretenir entre nous. Récemment j'ai vu quelqu'un dire que si on est autant dégoûtés par les cafards c'est parce qu'ils sont le reflet de notre propre hygiène. Ça marche pour plein d'autres animaux. La pieuvre c'est un animal tellement intelligent et qu'on réduit pourtant à si peu. Je voulais puiser dans cet imaginaire-là pour le projet. On essaye d'être une société avec tellement de règles pour chercher la perfection alors qu'on se comporte comme des animaux entre nous, que ce soit en amour avec la tromperie mais dans plein d'autres choses.
T'as l'air d'apporter énormément d'importance au visuel de tes sons, ça vient de toi cette envie de mettre une image particulière sur ce que tu livres ?
SURPRISE Carrément, je suis la DA de mes projets. J'ai toujours aimé les artistes qui poussent leur image, leur personnage hyper loin en se déguisant par exemple. Donc j'ai toujours eu envie d'incarner un personnage aussi, pouvoir changer d'univers en fonction de mes projets.
C'est vrai que tu as l'air d'être une artiste avec énormément de cordes à son arc, j'ai vu que sur Instagram tu dessinais, ça nourrit cette vision que tu amènes sur tes projets ?
SURPRISE Le dessin, c'est pour mon kiff mais c'est un ensemble de choses comme ça qui m'inspire. À côté de la musique, j'écris un dessin animé, ça fait deux ans que je travaille dessus. Mais pour le moment c'est juste une pratique personnelle même si ça me ferait trop kiffer de le commercialiser.

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