Ritual X, barz & notes bleues

26 août 2026

par Jacques Simonian

par Jacques Simonian

Crédit photo : Ulysse Lozano


Après avoir fait ses gammes en duo avec son frère, Ritual X poursuit désormais sa route en solo. Remarqué avec la série de freestyles Jazzbarzz, le rappeur a confirmé avec un nouvel EP, La Réalité Du Déconstruit, dans lequel il passe au crible certaines de ses réflexions sur fond de jazz et de soul. Un parti pris original imaginé avec Ivy, son compositeur attitré.


Même dans ses souvenirs les plus lointains, la musique a toujours été une histoire de famille chez Ritual X. Quand le moment est venu d’en faire, son grand frère et lui se sont lancés corps et âme. Côte à côte avec Broly Wavy, le duo SUN7 a fait ses armes en autodidacte. Un nom témoin d’une époque particulière, dans laquelle les sonorités cloud et les expérimentations étaient légion. Ritual X se souvient de ces premiers pas, à tâtons : « Une carrière, avec tous les changements de noms ou de directions, c’est comme un arbre généalogique. À ce moment-là, les premières pousses germaient, sourit le rappeur. On a inondé Soundcloud de morceaux, essayé énormément de types de prods, d’énergies différentes dans le chant et les flows, des choses plus expérimentales aussi. » De cet apprentissage, Ritual retient le plaisir de la découverte. Celle des machines, des logiciels, des gammes, des textes et du sens de la formule. Puis vint le moment où son frère quitta le navire. Seul, mais toujours aussi déterminé, le rappeur s’est concentré sur lui-même, avec ses goûts comme seuls guides.


Crédit photo : Ulysse Lozano


La série Jazzbarzz est sortie de là : « Les freestyles, c’est en moi depuis toujours. Quand je regardais ceux de la Sexion d’Assaut ou de Mairo, je pétais ma tête. Il y a vraiment un amour pour la plume, la rime, les placements, la performance… Concernant le choix des instrus, elles m’ont simplement attiré. » Naturellement, Ritual X s’est laissé aller à des sonorités plus nineties, héritées de A Tribe Called Quest ainsi que de Madlib, illustre compositeur qui lui a inspiré une chanson. Au fur et à mesure que sa série a avancé, il s’est rapproché du jazz, avant de directement s’y essayer grâce à FSR, sixième numéro qui marque le début de sa collaboration avec Ivy. Depuis ce morceau, les deux hommes sont inséparables. En tandem, ils ont construit et peaufiné cette esthétique unique, mêlant jazz et rap.


Si cette union des genres est assez explorée de l’autre côté de l’Atlantique et de la Manche, le flirt entre rap et jazz a toujours été assez platonique en France. Hormis quelques têtes d’affiche à l’instar de MC Solaar et Oxmo Puccino, qui se sont prêtés au jeu sur un album entier via leurs respectifs Qui sème le vent récolte le tempo (1991) et Lipopette Bar (2006), ou bien de MC bien identifiés comme Jazzy Bazz (Sur la Route du 3.14, 2012), les rimeurs et rimeuses à avoir célébré cette union ne sont pas nombreux. Pourtant, cette musique a tout de même trouvé une place dans le rap francophone grâce à une chose : les samples. De génération en génération, de 1995 à Yvnnis et La Fève, qui ont tous deux découpé les tracks de Bill Evans, le genre n’a en réalité jamais vraiment disparu des radars, qu’il soit cité dans les lyrics ou subtilement présent dans les compositions. Pourtant, rares sont ceux qui, comme Ritual X, ont fait le choix de mêler les deux genres à ce point, comme il le fait dans Le Petit Enfant trop Géant, son premier EP, publié fin 2025, suivi d’un nouveau projet de haut vol, La Réalité Du Déconstuit, sorti en mai dernier.


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