
S'il y a bien un album fondateur qui fait l'unanimité sur son influence, c'est bien Paid in Full de Eric B & Rakim. Sorti en 1987, une époque où seuls quelques drums et une boucle de sample suffisaient.
En 1985, les deux compères enregistrent une démo nommée "My Melody" dans le studio de Marley Marl, ingénieur et colocataire d'Eric B. La démo arrive aux oreilles de Russel Simons, producteur de l'époque, qui les signe pour un album début 1987.
En une semaine, Paid in Full voit le jour grâce à l'ingénieur Patrick Adams, à coups de sessions de 48 heures d'affilés, de one takes à la pelle, et d'une performance magistal d'un Rakim de 19 ans, habitué à tester ses rimes dans les block parties de son quartier.
L'album capture l'énergie de son époque, tout est fait à l'arrache, presque en live, avec peu de moyens.
Erik.B sample dans la funk des boucles qui tiennent seules, il les superpose en plusieurs couches et crée des productions jamais vues à l'époque. Il ajoute par-dessus des scratchs abrasifs, comme des déchirements de vinyle, tel un enfant qui teste des platines pour la première fois.
Rakim, quant à lui, délivre ce qu'il sait faire de mieux. Étant saxophoniste, il modèle son flow sur son flow sur ces inspirations de jazz.
Ses rimes s'écoulent d'un vers à l'autre sans jamais forcer. Il place des rimes internes et augmente le nombre de syllabes qui riment simultanément. Il invente le multi-syllabique, un rap fait pour ceux qui tendent l'oreille, ont il partage la paternité avec un certain Kool G. Rap.
Si les textes de Paid in Full, sur le papier, ne racontent pas grand chose, et les productions ont mal vieillies : ce qui transforme tout, c'est l'aspect brut de l'album, sans production, sans filet.
Dix morceaux construits comme des démonstrations de maîtrise, où la forme dépasse le fond. C'est cette immédiateté qui est adulée par tous, et qui place cet album comme une référence ultime qui résonne encore aujourd'hui.



