Ruccie, le rap en fond et en forme

5 juin 2026

par Clarisse Bouton

par Clarisse Bouton

ruccie, bienvenue sur Radikal c’est un plaisir de te recevoir, est-ce que tu pourrais te présenter ?

ruccie Moi c'est ruccie, je fais du rap et je sors des sons depuis 3 ans. Ça fait plus longtemps que je m'enregistre et encore plus que j'écris. J'ai mis du temps avant d'être satisfait de ce que je faisais. En mars 2023, j'ai sorti mon premier projet BI' CHU DANS L'CENTRE et j’ai enchaîné en 2024 avec de nouveaux sons. L'idée était que chaque nouveau projet soit toujours mieux travaillé que le dernier. En 2025, j'ai rencontré des personnes qui m'ont aidé à me structurer. En septembre, on a sorti un trois titres, HARRR, le but c’était d'arriver avec un projet plus long, plus structuré par la suite. J'avais envie de créer une équipe fixe avec laquelle avancer, c'est une idée qui s'est imposée à moi rapidement. En termes de compo, je travaille toujours avec les mêmes, Tolani et Pozz. J'aime bien le préciser dès le début car il y a des choses qui commencent à se cristalliser et j'ai envie que ces deux personnes en fassent partie !


Crédit photo : @clarisse.bt


Comment as-tu commencé le rap ? 

ruccie J'ai commencé à 14-15 ans, j'écrivais des phrases qui me faisaient marrer mais elles n'étaient pas mises en chanson. Au fur et à mesure, j'essayais de construire des compositions de phrases qui ressemblaient à des couplets. Au lycée, on était 3-4 potes à faire ça, je l'ai pris assez vite au sérieux. La bascule s'est faite quand j'ai commencé à écouter des prods US, des type beats Lucki, Pi'erre Bourne avec les premières prods de Carti… ça m'a parlé direct. Avec cette découverte, j'ai eu envie de poser ce que j'avais écrit jusque-là.


Tu as un processus d'écriture particulier ? Tu es plutôt du genre à tout préparer à l'avance ou à improviser en studio ?

ruccie Les textes que je préfère sont écrits en plusieurs fois. Je me pose une heure pour construire un couplet et je reviens dessus pour enlever ce qui est superflu. J'ai une note dans mon téléphone où j'écris toutes les phrases qui me passent par la tête. Une fois que j'en ai assez, j'écris un couplet ou un texte plus complet. Cette technique permet d'avoir des textes sans queue ni tête, mais c'est ce qui me plaît. Je passe d'un sujet à un autre de façon très libre, ça donne l'impression qu'il n'y a pas vraiment de thème. Ce processus, je le fais que ce soit chez moi ou en studio.  


Cette technique te permet d'amener des références que tu trouves à différents moments de ta vie ?

ruccie Exactement, je mets deux heures à écrire mais ce sont des idées accumulées sur deux semaines ou plus, donc c’est riche. Tu vois ce que c'est un cadavre exquis ? C'est une technique surréaliste où une personne dessine sur un bout de papier en cachant ce qu'elle a fait, et une autre personne dessine à son tour sans avoir vu le dessin de la première. Je trouve ça intéressant de regrouper des choses qui n’ont pas de lien à la base.


Comment tu te cultives pour trouver toutes ces références ? 

ruccie  La réponse n'est pas rap du tout ! Je fais des études en relations internationales. Je viens d'un milieu privilégié et scolairement ça s'est toujours bien passé. Assez naturellement, je me suis dirigé vers des études qui m'intéressaient. L'histoire, l'état du monde, c'est des refs que j'aime bien placer dans mes sons, ça me fait marrer.


Tu as fini tes études ?

ruccie  Non je suis en plein dedans !


Crédit photo : @quentin.cle


Tu as sortie GRAFF PINK en avril, qu’est-ce qu’il représente pour toi ce projet ? Musicalement mais aussi professionnellement ?

ruccie C’est notre projet le plus abouti, musicalement on s’est amusé à tester plein de choses différentes et je me sens bien avec les textes que j’ai posés. J’ai travaillé avec les mêmes personnes : Tolani et Pozz à la compo, LUVBFK en featuring. On est 4 mais il y a aussi toutes les personnes qui gravitent autour et qui, à leur manière, participent à la création. Ça marque la concrétisation du collectif JMG (Jeune Million Garçon) qu'on est en train de structurer, ça devient palpable.


Tu peux nous parler de JMG ?

ruccie JMG est un collectif dans lequel on retrouve Pozz, Tolani, LUVBFK et moi. C'est le noyau, et autour il y a des créatifs qui gravitent : vidéastes, graphistes et autres. Depuis plus de deux ans, je ne fais que de la musique avec les mêmes producteurs. LUVBFK avait aussi cette envie d'arriver en équipe. Au croisement de tout ça, on a eu cette envie de mettre un mot sur cette équipe qui naissait et de créer une structure qui l'incarne. On essaye de regrouper des gens différents les uns des autres.


Il y a de plus en plus de rappeurs qui font ça.

ruccie Oui, ça crée des scènes et tout simplement il y a le côté humain. On passe du temps avec des personnes qui ont des délires musicaux parfois différents et on cherche à créer des ponts. LUVBFK n'est pas arrivé à la musique par les mêmes chemins que moi. Par exemple il aime bien se jeter sur le micro et poser. On a des univers différents mais on arrive à se rejoindre.


Sur le projet vous avez fait un feat ensemble sur “Marbré”, pourquoi cette prod là en particulier ? C'est vous deux qui l'avez choisi ?

ruccie On était en séminaire ensemble, il a trouvé la prod et a commencé à la travailler de son côté. Je l’aimais tellement que j’ai gratté ce qui ressemblait à un refrain. Je voulais le mettre au début mais il préférait garder son entrée dans le couplet. Il a eu raison, le son est grave efficace. Il a une couleur à part entière, je ne sais pas si c’est mon feat préféré avec lui mais il a une âme ! Avec LUVBFK on s’attire sur des terrains différents, sur ce son je me suis ramené sur le sien, mais on fait évoluer nos univers ensemble.



Tu en parlais toute à l'heure, tu as travaillé avec Tolani et Pozz sur ce projet, qu'est-ce qu'ils ont ramené ?

ruccie Ils n'ont pas juste ramené quelque chose au projet, ils l'ont façonné de bout en bout ! Personnellement, je ne suis pas très directif sur la création des prods. Je comprends qu'on puisse avoir des attentes bien définies sur un son, mais je ne suis pas beatmaker. Je n'ai pas envie de donner des indications vaseuses, pas claires. Donc fais tes prods, s’il y en a une qui m'intéresse, on se connecte pour savoir ce qu'il y a de mieux à faire. Si j'étais là pendant la création de la prod, je dérangerais plus qu'autre chose, le beatmaker va commencer à réfléchir à ce que je veux. Je préfère qu'on me prenne par la main pour m'amener quelque part. C'est comme ça qu'est née la majorité des prods du projet. Tolani et Pozz n'ont pas juste contribué, ils ont donné une forme à tout le projet.


Tu as sorti trois clips pour GRAFF PINK, lequel est ton préféré et pourquoi ?

ruccie Mon préféré c'est le dernier "ISF TYPE SHI", grâce à la pellicule on a ramené une esthétique particulière. C'est le troisième visuel réalisé par Robin Desserre et on commence à bien se comprendre. On a réussi à allier le sérieux côté prod et à accepter aussi beaucoup d'improvisation, j'adore ça. J'ai beaucoup aimé faire le clip de "MERCOANTHEM" même s'il n'a pas aussi bien marché que ce que j’imaginais. Pour le clip de “JACQUES CHIRAZ” on était en vacances, avec mon pote Léon Feroleto à la réalisation on s’est dit qu’il fallait tirer profit du décor.


L'image autour de ta musique, que ce soit les clips, la scéno, les concerts... c'est des choses que tu veux pousser pour que ton univers se retranscrive au-delà de la musique ? 

ruccie J'ai fait quelques scènes déjà et le cadre ne s'y prête pas toujours. Pour être tout à fait honnête, au stade où j'en suis, j'ai du mal à réfléchir à une façon cohérente de retranscrire mon univers par la scénographie, c'est un travail qu'on fera au fur et à mesure. J'aime bien écrire des clips, je trouve ça intéressant de me pencher sur des plans. Là où je prends le plus de plaisir c'est le studio, la prod qui passe en boucle et le moment où je pose dessus. Même la scène me met un trac pas possible ! Je commence à m'apprivoiser, à essayer de trouver une balance entre le ressenti désagréable qu'éprouve mon corps avant de monter et l'agréable une fois sur scène. Pendant un temps, j'étais tellement stressé que je montais sur scène et je me voyais à la troisième personne, je ne vivais pas vraiment le moment. Je commence tout juste à y trouver du plaisir.


Tu as choisi GRAFF PINK en référence au diamant ?

ruccie Depuis le début et dans ce projet en particulier, il y a une opposition entre du bling- bling, ego trip, rap US, grosse bagnole et de l'anti-US, anti-capitaliste, lutte sociale. Ce paradoxe, je voulais qu'il se voie dans le titre. GRAFF PINK ça représente parfaitement ce que j'aborde dans mes sons. Si on décompose le titre, on retrouve "GRAFF" comme graffiti, qui est un art vecteur de lutte et de contestation et "PINK" parce qu'on rend la lutte "sexy". Le sens premier de GRAFF PINK c'est un nom donné par la maison GRAFF, joaillerie londonienne, à un de ses diamants les plus chers. Le troisième sens que je rapporte à ce titre c'est que ma musique a une valeur brute. On voulait rendre le projet présentable pour qu'il atteigne les gens. Exactement comme un diamant qui vient de sortir de la mine, il a déjà énormément de valeur mais on le polit pour pouvoir le vendre.



J’ai entendu dire que ton son préféré de l'album c'est “MERCO ANTHEM", pourquoi ?

ruccie Parce que c’est nouveau. C’était la première fois que je faisais de l’autotune et on a réussi à ramener des nouvelles sonorités. La prod me semblait assez ouverte pour que je teste des choses.


Dans RENÉ CHAR D’ASSAUT tu dis "je suis ni flic ni sionniste"

ruccie Bon, on a tous capté la ref ! J'aimais bien la formulation, moins ce qui était dit. On l'a bien remixé pour que ce ne soit pas problématique. Je trouve ça bien de prendre une ref et de la rendre impactante. J'en ai même fait des tee-shirts, c'est parti comme des petits pains.


Tu viens de sortir GRAFF PINK AVANT-GARDE, c'est quoi ce projet ?

ruccie C’est une réédition deluxe. On a ajouté 5 morceaux dont 4 feats, que des beaux invités, des artistes dont j’aime le travail. C’est une façon d’ouvrir le projet, je voulais ramener une nouvelle couleur, de nouvelles personnes. Bien sûr, c’est toujours produit par les mêmes : Tolani et Pozz.



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