
Sheldon, merci de nous accueillir. Ton album Les Monstres est paru fin avril, comment tu te sens maintenant qu’il est sorti ?
SHELDON Écoute, je vais bien. Il y a plein de trucs à faire, il y a la tournée, on prépare la suite, la Cigale à la fin de l’année… tout va bien.
Est-ce que tu peux nous parler du choix de ce titre Les Monstres. C’est qui pour toi les monstres ?
SHELDON Les monstres, c’est un peu ce que chacun veut. Pour moi il y a une résonance immédiate avec mon fils et avec les craintes que véhiculent les monstres chez les enfants. Avec eux c’est à géométrie variable, c'est-à-dire que le monstre peut être un simple crabe.
Pour mon fils, les monstres, c’est n’importe quoi dont il a décidé d’avoir peur sur le moment.
On a tous des monstres, on a tous des trucs pas beaux qu’on n’a pas très envie de voir dans notre environnement.

Crédit photo : @rebibshki
Dans ce projet, tu reviens beaucoup sur ton évolution en tant qu’homme depuis ton enfance, sur tes prises de conscience et remises en question, notamment à propos de la misogynie. Est-ce, entre autres, l'arrivée d’un enfant dans ta vie qui a provoqué ça ?
SHELDON Non je ne crois pas… Si je décide d’en parler à ce moment-là, ce n’est pas pour autant que la prise de conscience vient d’avoir lieu. Je crois que c’est quelque chose qui me pèse depuis longtemps, ça me décorrèle de mon milieu depuis le début.
Je crois qu’il y a vraiment un processus artistique, il faut trouver l’angle qui te paraît le plus juste pour en parler. Je ne dis pas nécessairement que j’ai la bonne manière d’en parler, mais j’ai trouvé une façon qui correspondait à ce que j’avais envie de dire à un moment précis sur le sujet.

Crédit photo : @rebibshki
Tu as un bagage musical très varié, tu as commencé la guitare très jeune. Le rap a été un des genres que tu as le plus consommé et inévitablement que tu as le plus fait. Cependant, tu t'es toujours autorisé à aller chercher d'autres sonorités. Je pense à un morceau comme « La fenêtre » dans ton dernier album. Qu’est-ce qui t'intéresse dans cette recherche ?
SHELDON Je n’ai pas le sentiment que c'est issu d'une recherche particulière. C’est juste que mes goûts ont toujours été assez variés, même de plus en plus. Mais il n'y a pas un moment où je me dis « tiens, j'adorerais faire un morceau flamenco, juste guitare-voix » ou « j'adorerais faire ce truc un peu pop ». Tout ça se fait plutôt par le biais de rencontres et d’opportunités. Les gens avec qui je collabore, ce sont des artistes avec qui j'ai envie de faire de la musique, peu importe le style. Ensuite, on essaie de mettre en écho les choses qui nous ressemblent.
De la même façon que je ne vais pas appeler Rodolphe (Babigan) pour faire du noir métal, je ne vais pas appeler Jules (Jeune Oji) pour faire de la cumbia. Si je fais une session avec IVERRN et Bvker, il y a de fortes chances que les choses qui en ressortent aient plus une coloration jazz, complexe d’un point de vue harmonique. Ce ne sera pas le cas si je fais une session avec Johnny Ola et Lomi, qui va être plus de la trap d'Atlanta. Mais je ne le vois pas comme une recherche de sonorités. À chaque fois qu'on fait une session, on essaie de faire de la musique qui nous anime et qui nous habite au moment où on la fait.
Tu es à la fois rappeur, producteur, ingé son, réalisateur. Tu pourrais avoir les clés pour bosser tout seul. Pourtant, tu as un rapport important au collectif. En quoi c’est important pour toi de bosser en équipe et qu’est-ce que ça apporte à ta musique ?
SHELDON Je pourrais tout faire tout seul, mais je trouve ça plus stylé de le faire avec plein de gens. La raison principale, c’est parce que c’est plus marrant de faire de la musique à plusieurs. Ça t’apporte une richesse que tu n’aurais peut-être pas tout seul. À l’inverse, parfois, tout faire tout seul, ça permet de préserver une sauce ou une intention plus tranchée. Peut-être que là, je suis en train d’entrer dans une période où j’ai envie de faire des choses un peu solo, de façon plus opaque, plus concentré dans une seule atmosphère. C’est juste des moments de vie.
À travers tes derniers projets, tu as collaboré et invité beaucoup de jeunes artistes, notamment GAL, Tisma, Zinée, Asfar Shamsi… En quoi est-ce important pour toi de mettre des jeunes artistes en avant ? Est-ce que tu as l'impression de faire un pont entre les générations ?
SHELDON Je ne crois pas. Selon moi, les questions d’âge n’interviennent pas tellement et je ne me sens pas particulièrement investi d’une mission de mettre des gens en avant. Je reste petit comme artiste. Simplement, il y a des gens qui me font l'honneur de travailler avec moi et on fait des choses ensemble, comme le Grünt #75 ou l’album Les Monstres, parce que j’ai le feeling et que j’aime ce qu’ils font.
Il faut juste réussir à trouver ce qu’on pourrait faire ensemble. Par exemple, je ne suis pas sûr qu’avec GAL on aurait pu faire un très bon morceau pour l’album. Pourtant, c'est mon reuf, je kiffe trop ce qu'il fait, donc si je vois une occasion sur laquelle on peut faire quelque chose, on le fait. Comme ça a pu être le cas sur le Grünt.
Le plus important, c’est quand il y a un match humain et qu'on arrive à en faire un truc chouette. Il y a plein de gens avec qui le match humain est cool et on n’arrive pas à créer quelque chose d’assez bien. Et ce n'est pas grave. Mais il y a aussi plein de gens avec qui on pourrait faire des bêtes de morceaux, mais on n'a pas de feeling humain et du coup on ne le fait pas et ce n'est pas très grave non plus. Plus je vieillis, plus je suis attaché à prendre du plaisir à faire de la musique en équipe. Le reste m’importe moins.

Crédit photo : @tenzinshen



