
Je ne sais pas si vous avez vu passer l’info, mais Kid Cudi va tenir sa première exposition de peinture à Paris dès le 30 janvier. Et forcément, ça pose une question simple : pourquoi, aujourd’hui, de plus en plus de rappeurs prennent le pinceau ?
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est ni un virage soudain ni une lubie d’artistes en quête de reconnaissance. Le hip-hop a toujours été une culture de l’image autant que du son. Ce qui change aujourd’hui, c’est que ce lien avec l’art n’est plus périphérique. Il est assumé, frontal, presque évident. Le rap ne regarde plus la peinture de loin : il la pratique.

Photo : @onetouchnilsone
On le voit depuis longtemps dans les pochettes d’albums, devenues de véritables espaces de dialogue avec l’art contemporain. Souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps, 21 Savage confiait l’univers visuel de son album à Slawn, avec une série de portraits peints des artistes ayant collaboré au projet.
La même logique traverse des collaborations devenues iconiques entre Kanye West et George Condo pour My Beautiful Dark Twisted Fantasy, ou avec Takashi Murakami pour Kids See Ghosts. En France aussi, cette approche existe : le projet Kolaf de La Fève et Kosei avec Pablo i Prada, par exemple. Ici, la peinture n’illustre plus le rap : elle en prolonge le discours.

@olaoluslawn
Mais certains vont plus loin encore, en développant une pratique plastique autonome. A$AP Ferg peint et expose régulièrement, notamment dans le cadre d’événements liés à Art Basel Miami, brouillant définitivement la frontière entre rappeur et artiste plasticien. En France, Grems incarne depuis longtemps cette double identité, naviguant naturellement entre rap, dessin et peinture, sans jamais hiérarchiser les médiums.

courtesy of Hennessy
Évidemment, la peinture ne vient pas seule : elle dialogue avec la performance. Rilès, par exemple, a transformé la sortie de ses projets en véritables performances d’endurance, mettant son corps en jeu comme matière artistique, jusqu’à ritualiser l’empreinte de sa main sur 25th Hour, comme pour laisser une trace physique dans le temps et dans la culture.
Le rap devient aussi installation : il y a quelques jours, Ninho a investi le Grand Palais Immersif avec une exposition immersive dédiée à l’univers de M.I.L.S IV.
Cette porosité ne date pas d’hier. Dès la fin des années 2000, Kanye West collaborait avec la performeuse Vanessa Beecroft, transformant concerts, défilés et listening sessions en installations vivantes. En 2013, Jay-Z poussait la logique avec Picasso Baby, une performance de six heures à la Pace Gallery de New York, face à des figures comme Marina Abramović. Le rap était déjà dans le white cube
À côté de ça, certains artistes rap deviennent aussi curateurs. En France, le Musée imaginaire d’Oli, présenté aux Abattoirs de Toulouse en 2025, en est un exemple clair : le rappeur ne montre pas seulement son travail, il raconte une histoire de l’art à sa manière.
Même la valeur de l’objet musical se rapproche de celle de l’art. L’album Once Upon a Time in Shaolin du Wu-Tang Clan, produit en un seul exemplaire et vendu aux enchères pour plusieurs millions de dollars, fonctionne comme une oeuvre unique, au même titre qu’une pièce de Jean-Michel Basquiat. La comparaison n’est plus absurde : elle est devenue logique.

courtesy of Museum of Old and New Art
Au fond, la toile, l’exposition ou la galerie sont aujourd’hui des terrains d’expression aussi naturels que le studio.



